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Pourquoi la Résilience Naît de L’éQuilibre ET Non de la Perfection

2 juin
3 min de lecture
Rocher en forme d’arche au large de l’île de Nusa Penida

Photo personnelle Sophie Chesnoy Trentesaux, prise au large de l’île de Nusa Penida


Dans chaque transition, il y a cet entre-deux que nous ne voulons pas traverser. Nous préférons être déjà arrivés.


Aujourd’hui, je naviguais sur l’océan Indien entre Bali et l’île de Nusa Penida. À mesure que nous nous éloignions de la côte, l’île se dessinait à l’horizon. Ses falaises abruptes semblaient surgir de la mer, sauvages et indomptées. Sous la surface, les récifs coralliens abritaient une vie foisonnante, faisant de cet endroit l’un des sites de snorkeling les plus réputés de la région.


Mais Nusa Penida ne se résume pas à ses paysages spectaculaires. Les courants qui l’entourent sont parmi les plus puissants d’Indonésie, et l’île porte encore aujourd’hui une forte dimension spirituelle dans la culture balinaise.


De nombreux Balinais la considèrent comme un lieu chargé d’énergie. On y trouve notamment le temple sacré Pura Dalem Ped, où des pèlerins viennent accomplir des rituels de purification et demander protection face aux influences négatives.



Dans l’hindouisme balinais, l’équilibre du monde repose sur la coexistence des forces bénéfiques et des forces perturbatrices. Certaines offrandes sont déposées au sol, aux carrefours ou près de la mer pour les esprits turbulents. Il ne s’agit pas de les adorer, mais de reconnaître leur existence afin qu’ils ne viennent pas troubler l’harmonie.



Ce qui m’a frappée dans cette vision du monde, c’est son approche non conflictuelle. Elle honore les forces positives tout en apaisant les forces perturbatrices. Ignorer ces dernières, selon la pensée balinaise, ne ferait qu’accroître le désordre.



En observant cette manière d’envisager l’équilibre, je me suis surprise à réfléchir à notre rapport à la résilience.



Dans le développement personnel, nous sommes souvent encouragés à cultiver nos qualités, renforcer nos compétences et progresser continuellement. Une démarche précieuse, mais qui peut parfois se transformer en quête silencieuse de correction permanente. Comme si grandir signifiait éliminer peu à peu tout ce qui en nous paraît fragile, imparfait ou insuffisant.



Pourtant, cette vision repose sur une idée implicite : celle qu’il existerait un état idéal vers lequel tendre. Une version de soi presque parfaite, débarrassée de ses limites. Or, la perfection est une illusion. Nos fragilités font partie intégrante de notre condition humaine. Chercher à les faire disparaître complètement peut nous enfermer dans une lutte permanente contre nous-mêmes.



Une autre voie consiste à rechercher l’équilibre plutôt que la perfection. Il ne s’agit pas de renoncer à évoluer, mais de reconnaître que nos forces et nos vulnérabilités coexistent. C’est en apprenant à composer avec les deux que nous développons une véritable robustesse intérieure.



Une personne équilibrée n’est pas celle qui n’a plus de faiblesses. C’est celle qui connaît ses limites, les accepte et sait les intégrer dans sa manière d’être, de choisir et d’agir. La résilience naît moins de la suppression de nos imperfections que de notre capacité à vivre en harmonie avec elles.



Et cela change tout.

Nous ne sommes plus obligés de maintenir une posture positive en permanence. Nous pouvons aborder notre développement personnel avec une autre forme de force : celle de l’acceptation. Une force qui dissout progressivement la séparation entre ce que nous jugeons bon ou mauvais en nous.



Cette manière de voir aide aussi à traverser les périodes d’entre-deux. Nous avons souvent tendance à vivre les transitions comme des ruptures : un avant et un après. Pourtant, dans toute transition, il existe une continuité. La vie ne s’interrompt pas entre deux états.



Face à l’inconnu du changement, nous avons l’impression de devoir quitter une rive pour en rejoindre une autre. Alors apparaissent l’effort, le besoin de contrôle, la peur de manquer de ressources ou de sécurité. Toutes ces préoccupations peuvent finir par masquer l’expérience même de la transition.



Pourtant, les périodes d’entre-deux sont aussi de précieux espaces d’apprentissage face à l’incertitude.

Lorsque nous cessons de percevoir les transitions comme des ruptures et commençons à les voir comme une continuité en mouvement, nous n’avons plus besoin de penser en termes de séparation. Nous pouvons penser en termes d’équilibre.



Alors l’entre-deux cesse d’être un vide à combler ou une étape à subir. Il devient un espace d’introspection. Un espace où revenir à soi avec davantage de douceur.



Comme cette traversée vers Nusa Penida, où l’essentiel n’était peut-être ni le point de départ ni la destination, mais ce qui se révélait au cœur même du voyage.


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