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La Quête de Sens Moderne : Pourquoi Le Moi EST Devenu Un Travail à Temps Plein

  • 9 mai
  • 3 min de lecture
Un banc en bois au sein du jardin botanique de Singapour
Un banc en bois au sein du Jardin botanique de Singapour - photo personnelle Sophie Chesnoy Trentesaux

Pourquoi notre génération passe autant de temps à se chercher, s’analyser et vouloir devenir quelqu’un ?


Petite, ma grand-mère me disait souvent que je serais médecin.

Elle disait cela avec une forme d’évidence tranquille, comme si certaines vies étaient déjà décidées avant même qu’on ait commencé à les vivre.


Moi, je lui répondais que je ne voulais pas. Je ne voulais pas passer mes journées à voir les gens souffrir. Je me souviens encore de sa manière de me regarder, entre amusement et incompréhension, comme si je refusais quelque chose d’essentiel.


En grandissant, j’ai commencé à entendre qu’il fallait que je choisisse ma voie, que je trouve ma passion.


Quand la question n’est plus “Que veux-tu faire ?” mais “Qui es-tu ?”


Les questions ont changé. À l’école, on me demandait d’avoir une opinion et de choisir une voie qui soit « alignée » avec mes envies, mes facilités d’apprentissage.


On ne me demandait plus seulement ce que je voulais faire. On me demandait qui j’étais. Comme si une existence réussie devait forcément être le reflet parfait de notre monde intérieur.


Autrefois, l’énergie psychique était principalement dirigée vers la survie, le travail concret, la communauté et les contraintes extérieures.


Aujourd’hui, j’aurais envie de poser la question : La quête de sens moderne est-elle une conséquence de notre liberté ?


Une génération qui passe son temps à travailler sur elle-même et sa quête de sens


Nous cherchons une cohérence intérieure en permanence. Nous avons à notre disposition une infinité de soutiens pour nous aider à cheminer.


Les réseaux sociaux débordent de messages qui suggèrent discrètement que nous ne sommes jamais tout à fait arrivés là où nous devrions être.

Il existe toujours une version plus accomplie de nous-mêmes : plus consciente, plus apaisée, plus courageuse, plus alignée.


Alors nous travaillons sur nous. Nous guérissons nos blessures. Nous déconstruisons nos schémas. Nous apprenons à poser nos limites. Nous cherchons du sens dans nos émotions, nos relations, nos choix de vie.


Et sans même nous en rendre compte, une immense partie de notre énergie finit absorbée par l’auto-observation.


Le paradoxe du choix infini


Nos ancêtres se transmettaient leurs rôles. Il y avait moins de choix possibles. Aujourd’hui, le choix infini crée de l’anxiété chez les plus jeunes qui n’ont pas peur de choisir, mais peur de faire le « mauvais choix ».


Autrefois, l’énergie psychique était principalement dirigée vers l’extérieur : le travail, les enfants, la famille, la survie, les contraintes du réel.


Aujourd’hui, une partie immense de cette énergie est tournée vers l’intérieur. Et parfois, je me demande si la quête de sens moderne n’est pas, au fond, une conséquence directe de notre liberté de choix.


Nos grands-parents avaient moins de choix. Ils héritaient souvent d’un rôle, d’un métier, d’une manière de vivre.


Nous, nous devons tout inventer : notre carrière, notre identité, notre rapport au bonheur, notre manière d’aimer, notre définition de la réussite. Et derrière cette liberté immense se cache parfois une fatigue silencieuse. Celle de devoir devenir quelqu’un.


Un discussion avec ma grand-mère


Parfois, je m’imagine assise à côté de ma grand-mère. Elle sortirait probablement son téléphone pour me montrer des photos reçues sur WhatsApp.


Puis elle me regarderait avec cette simplicité désarmante qu’ont les gens qui n’ont jamais passé leur vie à tout intellectualiser. Je lui expliquerais qu’aujourd’hui, beaucoup d’entre nous passent du temps à essayer de comprendre qui ils sont vraiment.


Je lui parlerais des podcasts de développement personnel, des livres sur l’enfant intérieur, des vidéos qui expliquent comment devenir une meilleure version de soi-même.


Elle m’écouterait attentivement avant de me demander : « Est-ce que tu t’es trouvée ? »


Je crois que c’est cette question qui resterait suspendue entre nous. Parce qu’au fond, je ne saurais pas quoi répondre.


Comment savoir si l’on s’est trouvé ? Alors ma grand-mère me regarderait sûrement avec douceur avant de dire quelque chose de très simple : « À force de chercher qui vous êtes, vous oubliez peut-être de faire des choses qui vous feraient le devenir. »


Et je crois que c’est exactement ce qui nous épuise parfois. Nous pensons devoir nous comprendre parfaitement avant d’agir. Comme s’il fallait découvrir une version définitive de soi-même avant d’oser vivre vraiment.


Alors qu’au fond, ce sont peut-être justement : nos expériences, nos liens, nos élans, nos erreurs, notre manière d’aimer et de participer au monde qui finissent lentement par nous construire.


Peut-être que le sens n’apparaît pas toujours lorsqu’on le poursuit.

Peut-être qu’il apparaît simplement pendant qu’on est occupé à vivre.


Pour aller plus loin


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